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VENDREDI 8 AVRIL – SAMEDI 9 AVRIL

ALEXANDER ZALACHENKO ÉTAIT RÉVEILLÉ depuis huit heures quand Sonja Modig et Marcus Ackerman vinrent le voir vers 19 heures. Il avait subi une opération relativement importante, impliquant que l’os malaire avait été ajusté et fixé avec des vis de titane. Sa tête était tellement empaquetée que seul son œil gauche était visible. Un médecin leur avait expliqué que le coup de hache avait brisé l’os malaire et endommagé le frontal, fendu une grande partie de la chair du côté droit du visage et déplacé l’orbite. Ses blessures étaient très douloureuses. Zalachenko avait reçu de fortes doses d’antalgiques mais était malgré tout à peu près cohérent et il pouvait parler. La police ne devait cependant pas le fatiguer.

— Bonsoir, monsieur Zalachenko, salua Sonja Modig. Elle se présenta, puis présenta son collègue Ackerman.

— Je m’appelle Karl Axel Bodin, dit Zalachenko péniblement entre des dents serrées. Sa voix était calme.

— Je sais très bien qui vous êtes. J’ai lu votre palmarès à la Säpo.

Ce qui n’était pas tout à fait vrai, puisque la Säpo n’avait pas encore livré le moindre papier concernant Zalachenko.

— C’était il y a très longtemps, dit Zalachenko. Aujourd’hui, je suis Karl Axel Bodin.

— Comment ça va ? poursuivit Modig. Etes-vous en état de mener une conversation ?

— Je voudrais porter plainte contre ma fille. Elle a essayé de me tuer.

— Nous le savons. Cela fera l’objet d’une enquête en son temps, dit Ackerman. En ce moment, nous avons des choses plus urgentes à discuter.

— Qu’y a-t-il de plus urgent qu’une tentative de meurtre ?

— Nous voudrions vous interroger au sujet de trois homicides à Stockholm, d’au moins trois homicides à Nykvarn ainsi que d’un enlèvement.

— Je ne sais rien là-dessus. Qui a été tué ?

— Monsieur Bodin, nous avons de bonnes raisons de soupçonner que votre associé, Ronald Niedermann, trente-sept ans, est coupable de ces actes, dit Ackerman. De plus, la nuit dernière, Niedermann a tué un policier de Trollhättan.

Sonja Modig fut un peu surprise qu’Ackerman se conforme aux volontés de Zalachenko et utilise le nom de Bodin. Zalachenko tourna un peu la tête de manière à voir Ackerman. Sa voix s’adoucit.

— J’en suis … désolé. Je ne sais rien sur les occupations de Niedermann. Pour ma part, je n’ai tué aucun policier. En revanche, on a essayé de me tuer cette nuit.

— Ronald Niedermann est actuellement recherché. Avez-vous une idée d’où il pourrait se cacher ?

— Je ne sais pas dans quels cercles il a ses habitudes. Je … Zalachenko hésita quelques secondes. Sa voix se fit confidentielle. Je dois reconnaître … entre nous … que parfois je me suis fait du souci pour Niedermann.

Ackerman se pencha un peu vers lui.

— Comment cela ?

— J’ai découvert qu’il pouvait être violent. Oui, j’ai peur de lui.

— Vous voulez dire que vous vous sentiez menacé par Niedermann ? demanda Ackerman.

— Exactement. Je suis un homme âgé. Je ne peux pas me défendre.

— Pouvez-vous expliquer votre relation avec Niedermann ?

— Je suis handicapé. Zalachenko montra son pied. C’est la deuxième fois que ma fille essaie de me tuer. J’ai engagé Niedermann comme aide il y a de nombreuses années. Je croyais qu’il pourrait me protéger… mais en réalité, il a pris possession de ma vie. Il va et vient à sa guise, je n’ai aucune voix au chapitre.

— Et il vous aide à quoi ? coupa Sonja Modig. A faire les choses que vous n’arrivez pas à faire vous-même ?

Zalachenko jeta un long regard sur Sonja Modig avec son seul œil visible.

— J’ai cru comprendre qu’elle a jeté une bombe incendiaire dans votre voiture il y a plus de dix ans, dit Sonja Modig. Pourriez-vous m’expliquer ce qui l’a incitée à commettre un acte pareil ?

— Vous feriez mieux de poser la question à ma fille. C’est une malade mentale.

Sa voix était de nouveau hostile.

— Vous voulez dire que vous ne voyez aucune raison pour laquelle Lisbeth Salander vous aurait attaqué en 1991 ?

— Ma fille est une malade mentale. Il y a des documents qui l’attestent.

Sonja Modig inclina la tête. Elle nota que Zalachenko répondait de façon beaucoup plus agressive et négative lorsque c’était elle qui posait les questions. Elle comprit qu’Ackerman lui aussi l’avait remarqué. OK… le bon flic, le mauvais flic. Sonja Modig haussa la voix.

— Vous ne pensez pas que son geste ait pu avoir un rapport quelconque avec le fait que vous aviez maltraité sa mère au point qu’elle s’est retrouvée avec des lésions cérébrales irréversibles ?

Zalachenko regarda calmement Sonja Modig.

— Des conneries, tout ça. Sa mère était une pute. C’est probablement des clients à elle qui l’ont tabassée. Moi, je passais juste par là.

Sonja Modig leva les sourcils.

— Vous êtes donc totalement innocent ?

— Naturellement.

— Zalachenko… voyons voir si je vous ai bien compris. Vous niez donc avoir maltraité votre amie de l’époque, Agneta Sofia Salander, la mère de Lisbeth Salander, bien que cela ait fait l’objet d’un long rapport secret de la part de votre mentor à la Säpo, Gunnar Björck.

— Je n’ai jamais été condamné pour quoi que ce soit. Je n’ai même pas été mis en examen. Je ne suis pas responsable des délires d’un chariot à la police secrète. Si j’avais été soupçonné, j’aurais au moins eu droit à un interrogatoire.

Sonja Modig était abasourdie. Zalachenko avait l’air de sourire derrière son bandage.

— Je voudrais donc faire une déposition concernant ma fille. Elle a essayé de me tuer.

Sonja Modig soupira.

— Je commence à comprendre pourquoi Lisbeth Salander a ressenti le besoin de vous planter une hache dans la tête.

Ackerman s’éclaircit la gorge.

— Pardon, monsieur Bodin… on pourrait peut-être revenir vers ce que vous savez des activités de Ronald Niedermann.

 

 

SONJA MODIG APPELA L’INSPECTEUR Jan Bublanski du couloir de l’hôpital, devant la chambre de Zalachenko.

— Rien, dit-elle.

— Rien ? répéta Bublanski.

— Il a déposé une plainte contre Lisbeth Salander pour coups et blessures aggravés et tentative d’assassinat. Il prétend qu’il n’a rien à voir avec les meurtres à Stockholm.

— Et comment explique-t-il que Lisbeth Salander ait été enterrée sur son terrain à Gosseberga ?

— Il dit qu’il avait un rhume et qu’il a dormi presque toute la journée. Si on a tiré sur Salander à Gosseberga, ça doit être une initiative de Ronald Niedermann.

— OK. De quoi on dispose ?

— Elle a été touchée par un Browning calibre 22. C’est pour ça qu’elle est en vie. Nous avons retrouvé l’arme. Zalachenko reconnaît que c’est la sienne.

— Aha. Il sait donc que nous allons y trouver ses empreintes digitales.

— Exactement. Mais il dit que la dernière fois qu’il l’a vue, elle était rangée dans un tiroir de son bureau.

— Donc, l’excellent Ronald Niedermann a dû prendre l’arme pendant que Zalachenko dormait et il a tiré sur Salander. Pouvons-nous prouver le contraire ?

Sonja Modig réfléchit quelques secondes avant de répondre.

— Il est probablement au courant de la législation suédoise et des méthodes de la police. Il ne reconnaît que dalle et il a Niedermann comme bouc émissaire. Je ne sais pas trop ce que nous pouvons prouver. J’ai demandé à Ackerman d’envoyer ses vêtements au labo pour vérifier s’il y a des traces de poudre, mais il va probablement soutenir qu’il s’est entraîné à tirer avec cette arme-là justement deux jours auparavant.

 

 

LISBETH SALANDER SENTIT UNE ODEUR d’amandes et d’éthanol. Comme si elle avait de l’alcool dans la bouche, et elle essaya d’avaler mais sa langue paraissait engourdie et paralysée. Elle essaya d’ouvrir les yeux, mais sans y arriver. Elle entendit une voix lointaine qui semblait lui parler, mais elle était incapable de saisir les mots. Puis la voix devint claire et nette.

— Je crois qu’elle est en train de se réveiller.

Elle sentit quelqu’un toucher son front et elle voulut éloigner la main importune. Au même moment, une douleur fulgurante lui transperça l’épaule gauche. Elle se détendit.

— Tu m’entends ?

Casse-toi.

— Est-ce que tu peux ouvrir les yeux ?

C’est quoi, ce connard qui me harcèle ?

Finalement, elle ouvrit les yeux. Tout d’abord elle ne vit que d’étranges points lumineux, puis une silhouette se dessina au milieu de son champ de vision. Elle essaya de mettre au point son regard, mais la silhouette se dérobait sans cesse. Elle avait l’impression d’avoir une gueule de bois monumentale et que le lit n’arrêtait pas de basculer en arrière.

— Grmlml, dit-elle.

— Qu’est-ce que tu as dit ?

— Onnard, dit-elle.

— Ça me va. Peux-tu ouvrir les yeux encore une fois ?

Elle afficha deux minces fentes. Elle vit un visage inconnu et mémorisa chaque détail. Un homme blond avec des yeux bleus intenses et un visage anguleux et de traviole à quelques dizaines de centimètres du sien.

— Salut. Je m’appelle Anders Jonasson. Je suis médecin. Tu te trouves dans un hôpital. Tu as été gravement blessée et tu es en train de te réveiller après une opération. Tu sais comment tu t’appelles ?

— Pschalandr, dit Lisbeth Salander.

— D’accord. Je voudrais que tu me rendes un service. Compte jusqu’à dix.

— Un deux quatre… non… trois quatre cinq six…

Puis elle se rendormit.

Le Dr Anders Jonasson était cependant satisfait de la réaction qu’il avait rencontrée. Elle avait dit son nom et commencé à compter. Cela indiquait que son intellect était à peu près intact et qu’elle n’allait pas se réveiller comme un yucca. Il nota l’heure de son réveil, 21 h 06, un peu plus de seize heures après qu’il avait fini de l’opérer. Il avait dormi la plus grande partie de la journée et était retourné à Sahlgrenska vers 19 heures. En réalité, il était en congé, mais il avait plein de paperasse à rattraper.

Et il n’avait pas pu s’empêcher de passer aux soins intensifs pour voir la patiente dont il avait trifouillé le cerveau tôt dans la matinée.

— Laissez-la dormir encore, mais gardez un œil sur son électro-encéphalogramme. Il pourrait y avoir apparition d’œdèmes ou d’hémorragies dans le cerveau. J’ai eu l’impression qu’elle avait très mal à l’épaule quand elle essayait de bouger son bras. Si elle se réveille, vous pouvez lui donner deux milligrammes de morphine par heure.

Il se sentit bizarrement optimiste en sortant par l’entrée principale de Sahlgrenska.

 

 

PEU AVANT 2 HEURES, Lisbeth Salander se réveilla de nouveau. Elle ouvrit lentement les yeux et vit un cône de lumière au plafond. Après plusieurs minutes, elle tourna la tête et se rendit compte qu’elle portait une minerve. Elle avait mal à la tête et ressentit une vive douleur à l’épaule quand elle essaya de déplacer le poids de son corps. Elle ferma les yeux.

Hôpital. Qu’est-ce que je fous ici ?

Elle se sentait totalement épuisée. Tout d’abord, elle eut du mal à centrer ses pensées. Puis des souvenirs épars revinrent.

L’espace de quelques secondes, elle fut prise de panique lorsque des fragments de souvenirs affluèrent, elle se voyait en train de creuser pour sortir d’une tombe. Puis elle serra fort les dents et se concentra sur sa respiration.

Elle constata qu’elle était en vie. Elle ne savait pas vraiment si c’était une bonne chose, ou une mauvaise.

Lisbeth Salander ne se souvenait pas très bien de ce qui s’était passé, mais elle avait en tête une mosaïque floue d’images de la remise à bois. Elle se voyait soulever une hache avec rage et frapper son père au visage. Zalachenko. Elle ne savait pas s’il était mort ou vivant.

Elle n’arrivait pas à se souvenir de ce qui s’était passé avec Niedermann. Elle avait un vague sentiment d’avoir été étonnée de le voir détaler à toutes jambes et elle ne comprenait pas pourquoi.

Soudain, elle se rappela avoir vu Foutu Super Blomkvist. Elle avait peut-être rêvé, mais elle se souvenait d’une cuisine – probablement la cuisine de Gosseberga – et elle avait l’impression qu’il s’était avancé vers elle. J’ai dû halluciner.

Les événements de Gosseberga semblaient déjà très lointains ou à la rigueur comme un rêve insensé. Elle se concentra sur le présent.

Elle était blessée. Personne n’avait besoin de l’en informer. Elle leva la main droite et tâta sa tête, qui était entièrement couverte de bandages. Puis tout à coup elle se souvint. Niedermann. Zalachenko. Le vieux con avait eu un pistolet, lui aussi. Un Browning, calibre 22. Qui en comparaison de presque n’importe quelle autre arme de poing était à considérer comme relativement inoffensif. Voilà pourquoi elle était encore en vie.

J’ai été touchée à la tête. Je pouvais mettre le doigt dans le trou d’entrée de la balle et toucher mon cerveau.

Elle était étonnée d’être en vie. Elle nota qu’elle se sentait étrangement peu concernée, qu’en fait elle s’en foutait. Si la mort était le vide noir d’où elle venait juste d’émerger, alors la mort n’avait rien d’inquiétant. Elle ne remarquerait jamais de différence.

Sur cette réflexion ésotérique, elle ferma les yeux et se rendormit.

 

 

ELLE N’AVAIT SOMNOLÉ QUE QUELQUES MINUTES quand elle entendit un mouvement et entrouvrit les paupières en une mince fente. Elle vit une infirmière en tenue blanche se pencher sur elle. Elle ferma les yeux et fit semblant de dormir.

— Je crois bien que tu es réveillée, dit l’infirmière.

— Mmm, dit Lisbeth Salander.

— Salut, je m’appelle Marianne. Tu comprends ce que je dis ?

Lisbeth essaya de hocher la tête mais réalisa que sa nuque était bloquée par la minerve.

— Non, n’essaie pas de bouger. Tu n’as rien à craindre. Tu as été blessée et on t’a opérée.

— Je voudrais de l’eau.

Marianne lui donna de l’eau à boire avec une paille. En buvant, elle enregistra qu’une autre personne surgissait à sa gauche.

— Salut Lisbeth. Est-ce que tu m’entends ?

— Mmm, répondit Lisbeth.

— Je suis le Dr Helena Endrin. Tu sais où tu te trouves ?

— Hôpital.

— Tu te trouves à l’hôpital Sahlgrenska à Göteborg. Tu viens d’être opérée et tu es maintenant dans le service des soins intensifs.

— Mm.

— N’aie pas peur.

— J’ai été touchée à la tête.

Le Dr Endrin hésita une seconde.

— C’est exact. Tu te rappelles ce qui s’est passé ?

— Le vieux con avait un pistolet.

— Euh… oui, c’est ça.

— Calibre 22.

— Ah bon. Ça, je ne savais pas.

— Je suis très amochée ?

— Ton pronostic est bon. Tu as été très mal en point mais on pense que tu as de grandes chances d’être entièrement rétablie.

Lisbeth médita l’information. Puis elle fixa son regard sur le Dr Endrin. Elle nota qu’elle voyait flou.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé pour Zalachenko ?

— Qui ?

— Le vieux con. Il vit ?

— Tu veux dire Karl Axel Bodin.

— Non. Je veux dire Alexander Zalachenko. C’est son véritable nom.

— Je ne suis pas au courant. Mais l’homme âgé qui a été admis en même temps que toi est en assez mauvais état mais hors de danger.

Le cœur de Lisbeth ralentit un peu. Elle réfléchit aux paroles du médecin.

— Où il est ?

— Il se trouve dans la chambre voisine. Mais ne t’occupe pas de lui maintenant. Tout ce que tu dois faire, c’est te concentrer sur ton rétablissement à toi.

Lisbeth ferma les yeux. Elle se demanda un instant si elle aurait la force de sortir du lit, de trouver quelque chose qui pourrait servir d’arme et de terminer ce qu’elle avait commencé. Puis elle écarta ces idées. Elle avait à peine la force de garder les paupières ouvertes. Autrement dit, elle avait échoué dans sa résolution de tuer Zalachenko. Il va m’échapper de nouveau.

— Je voudrais t’examiner un petit peu. Ensuite tu pourras te rendormir, dit le Dr Endrin.

 

 

MIKAEL BLOMKVIST SE RÉVEILLA subitement et sans raison apparente. Pendant quelques secondes, il ne sut pas où il se trouvait, puis il se rappela qu’il avait pris une chambre au City Hôtel. Il faisait nuit noire dans la chambre. Il alluma la lampe de chevet et regarda l’heure. 2 h 30. Il avait dormi quinze heures sans interruption.

Il se leva, alla aux toilettes uriner. Puis il réfléchit un instant. Il savait qu’il ne pourrait pas se rendormir et il se mit sous la douche. Puis il enfila un jean et un sweat-shirt bordeaux qui avaient grand besoin de passer dans un lave-linge. Il avait une faim de loup et il appela la réception pour savoir s’il était possible de trouver du café et des sandwiches à cette heure matinale. C’était possible.

Il mit ses mocassins et sa veste et descendit à la réception acheter un café et un sandwich sous plastique, et remonta ensuite dans sa chambre. Pendant qu’il mangeait le pâté de foie-salade, il démarra son iBook et se connecta au câble. Il ouvrit l’édition Web d’Aftonbladet. L’arrestation de Lisbeth Salander était, comme prévu, leur info principale. L’article de une était confus au possible, mais prenait désormais la bonne direction. Ronald Niedermann, trente-sept ans, était traqué pour le meurtre du policier et la police désirait aussi l’entendre pour les homicides à Stockholm. La police ne s’était pas encore prononcée sur la situation de Lisbeth Salander, et Zalachenko n’était pas nommé. On le mentionnait comme un propriétaire terrien de soixante-six ans domicilié à Gosseberga et apparemment les médias le considéraient encore comme une possible victime.

Quand Mikael eut fini de lire, il ouvrit son téléphone portable et constata qu’il avait vingt messages. Trois lui demandaient de rappeler Erika Berger. Deux émanaient d’Annika Giannini. Quatorze étaient des messages laissés par des journalistes de différents journaux. Un était de Christer Malm qui lui envoyait un SMS vigoureux : Il vaudrait mieux que tu rentres avec le premier train.

Mikael fronça les sourcils. C’était étrange comme message, venant de Christer Malm. Le SMS avait été envoyé à 19 heures la veille. Il étouffa une impulsion de téléphoner et réveiller quelqu’un à 3 heures. Au lieu de cela, il vérifia les horaires de train sur le Net et vit que le premier train pour Stockholm partait à 5 h 20.

Il ouvrit un nouveau fichier sous Word. Puis il alluma une cigarette et resta immobile pendant trois minutes en fixant l’écran blanc. Il finit par lever les doigts et commença à écrire.

[Son nom est Lisbeth Salander et la Suède a appris à la connaître par l’intermédiaire des conférences de presse de la police et par les titres des journaux du soir. Elle a vingt-sept ans et elle mesure un mètre cinquante. On l’a décrite comme étant une psychopathe, une meurtrière et une lesbienne sataniste. Il n’y a guère eu de limites aux élucubrations qu’on a formulées sur son dos. Dans ce numéro, Millenium raconte l’histoire de Lisbeth Salander, victime des machinations de fonctionnaires de l’Etat pour protéger un assassin pathologique.]

Il écrivit lentement et corrigea peu son premier jet. Il travailla avec concentration pendant cinquante minutes et réalisa pendant ce laps de temps deux pages A4, essentiellement centrées sur une récapitulation de la nuit où il avait trouvé Dag Svensson et Mia Bergman, et une explication de pourquoi la police avait focalisé sur Lisbeth Salander comme meurtrier possible. Il citait les titres des journaux du soir évoquant des lesbiennes satanistes, et leurs espoirs que les meurtres soient teintés de sadomaso croustillant.

Finalement il jeta un regard sur sa montre et ferma rapidement son iBook. Il fit son sac et descendit à la réception.

Il paya avec sa carte de crédit et prit un taxi pour la gare centrale de Göteborg.

 

 

MIKAEL BLOMKVIST SE DIRIGEA immédiatement vers le wagon-restaurant et commanda un petit-déjeuner. Puis il ouvrit son iBook de nouveau et relut le texte qu’il avait eu le temps d’écrire aux toutes premières heures de la matinée. Il était à tel point plongé dans la formulation de l’histoire Zalachenko qu’il ne remarqua l’inspectrice Sonja Modig que quand elle s’éclaircit la gorge et demanda si elle pouvait se joindre à lui. Il leva les yeux et ferma son ordinateur.

— Tu rentres ? demanda Modig.

Il fit oui de la tête. Il avait noté le tutoiement employé, mais à cette heure, il n’allait pas en faire un plat.

— Toi aussi, j’imagine.

Elle fit oui de la tête.

— Mon collègue reste un jour de plus.

— Est-ce que tu sais quelque chose sur l’état de Lisbeth Salander ? J’ai dormi depuis qu’on a été séparés.

— Elle s’est réveillée hier soir seulement. Mais les médecins estiment qu’elle va s’en sortir et se rétablir. Elle a eu une chance incroyable.

Mikael hocha la tête. Il réalisa soudain qu’il ne s’était pas inquiété pour elle. Il était parti du principe qu’elle allait survivre. Toute autre possibilité était inimaginable.

— Est-ce qu’il y a eu autre chose ? demanda-t-il.

Sonja Modig le contempla en hésitant. Elle se demandait jusqu’où elle pourrait se confier au journaliste, qui en vérité en savait plus sur l’histoire qu’elle-même. D’un autre côté, c’était elle qui était venue s’asseoir à sa table, et une bonne centaine de journalistes avaient probablement déjà compris ce qui se passait dans l’hôtel de police.

— Je ne tiens pas à ce que tu me cites, dit-elle.

— Je pose la question par intérêt personnel.

Elle hocha la tête et expliqua que la police traquait Ronald Niedermann dans tout le pays en ratissant large, mais surtout dans la région de Malmö.

— Et Zalachenko ? Vous l’avez interrogé ?

— Oui, nous l’avons interrogé.

— Et ?

— Je ne peux pas raconter.

— A d’autres, Sonja. Je saurai exactement de quoi vous avez parlé dans l’heure qui suivra mon retour à la rédaction à Stockholm. Et je ne vais pas écrire un mot de ce que tu me raconteras.

Elle hésita un long moment avant de croiser son regard.

— Il a porté plainte contre Lisbeth Salander parce qu’elle aurait essayé de le tuer. Elle sera peut-être mise en examen pour coups et blessures aggravés assortis de tentative d’homicide.

— Et elle invoquera selon toute vraisemblance la légitime défense.

— J’espère bien, dit Sonja Modig.

Mikael lui jeta un regard brusque.

— Ce n’est pas une remarque qu’on attend d’un policier, dit-il sur un ton neutre.

— Bodin… Zalachenko nous glisse entre les mains et il a réponse à toutes les questions. Je suis entièrement convaincue que ce que tu nous as raconté hier est vrai, grosso modo. Cela signifie que Salander a été victime d’abus judiciaires constants depuis l’âge de douze ans.

Mikael hocha la tête.

— C’est cette histoire-là que je vais publier, dit-il.

— Et ça ne va pas plaire dans certains milieux.

Elle hésita encore un moment. Mikael attendit.

— J’ai parlé à Bublanski il y a une demi-heure. Il ne dit pas grand-chose, mais l’enquête préliminaire à l’encontre de Salander pour les meurtres de tes amis semble abandonnée. Ils focalisent sur Niedermann à présent.

— Ce qui veut dire…

Il laissa la question en suspens entre eux. Sonja Modig haussa les épaules.

— Qui sera chargé de l’enquête sur Salander ?

— Je ne sais pas. L’affaire de Gosseberga revient probablement à Göteborg en priorité. Mais je dirais que quelqu’un à Stockholm va recevoir pour mission de rassembler tout le matériel en vue d’une mise en examen.

— Je vois. Tu veux qu’on parie que l’enquête sera transférée à la Säpo ?

Elle secoua la tête.

Peu avant Alingsås, Mikael se pencha vers elle.

— Sonja… je crois que tu comprends ce qui nous pend au nez. Si l’histoire de Zalachenko devient publique, ça signifie un énorme scandale. Des activistes de la Säpo ont collaboré avec un psychiatre pour enfermer Salander chez les fous. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est soutenir mordicus que Lisbeth Salander est réellement malade mentale et que l’internement d’office en 1991 était justifié.

Sonja Modig acquiesça.

— Je vais tout faire pour mettre des bâtons dans les roues à ce genre de projets. Je veux dire, Lisbeth Salander est tout aussi sensée que toi et moi. Bizarre, certes, mais on ne peut pas mettre en question ses facultés intellectuelles.

Sonja Modig hocha la tête. Mikael fit une pause et laissa ses paroles faire leur chemin.

— J’aurais besoin de quelqu’un de confiance à l’intérieur, dit-il.

Elle croisa son regard.

— Je n’ai pas la compétence pour déterminer si Lisbeth Salander est psychiquement malade, répondit-elle.

— Non, mais tu as la compétence pour juger si elle est victime d’un abus judiciaire ou pas.

— Qu’est-ce que tu proposes ?

— Je ne te demande pas de cafter tes collègues, mais je voudrais que tu m’informes si tu te rends compte qu’on se prépare à exposer Salander à de nouveaux abus judiciaires.

Sonja Modig resta silencieuse.

— Je ne veux pas que tu révèles quoi que ce soit concernant des détails techniques de l’enquête. A toi d’en juger. Mais j’ai besoin de savoir où en est l’action judiciaire contre Lisbeth Salander.

— Ça m’a tout l’air d’un bon moyen de se faire virer.

— Tu es une source. Je ne te nommerai jamais et je ne te mettrai pas dans le pétrin.

Il sortit un carnet et nota une adresse mail.

— Ça, c’est une adresse anonyme sur hotmail. Si tu veux me raconter quelque chose, tu peux l’utiliser. De préférence, ne te sers pas de ton adresse habituelle que tout le monde connaît. Crée une adresse temporaire sur hotmail.

Elle prit le bout de papier et le fourra dans la poche intérieure de sa veste. Elle ne promit rien.

 

 

A 7 HEURES LE SAMEDI, l’inspecteur Marcus Ackerman fut réveillé par la sonnerie du téléphone. Il entendit des voix à la télé et sentit l’odeur de café dans la cuisine où sa femme s’affairait déjà. Il était rentré chez lui à Mölndal à 1 heure et il avait dormi cinq heures. Avant cela, il avait fonctionné à plein régime pendant presque exactement vingt-deux heures. Il était donc loin d’avoir eu son quota de sommeil quand il se tendit pour répondre.

— Salut, c’est Lundqvist, du bureau des investigations, garde de nuit. Tu es réveillé ?

— Non, répondit Ackerman. J’ai à peine eu le temps de m’endormir. Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Du nouveau. On a retrouvé Anita Kaspersson.

— Où ?

— Tout près de Seglora au sud de Borås.

Ackerman visualisa une carte dans son esprit.

— Vers le sud, dit-il. Il choisit des routes secondaires. Il a dû prendre la nationale 180 par Borås, puis il a bifurqué vers le sud. Est-ce qu’on a averti Malmö ?

— Et Helsingborg, Landskrona et Trelleborg. Et Karlskrona. Je pense aux ferries de la Baltique.

Ackerman se dressa et se frotta la nuque.

— Il a presque vingt-quatre heures d’avance maintenant. Si ça se trouve, il a déjà quitté le pays. Comment a-t-on retrouvé Kaspersson ?

— Elle est venue frapper à la porte d’une villa à l’entrée de Seglora.

— Quoi ?

— Elle a frappé…

— J’ai entendu. Tu veux dire qu’elle est vivante ?

— Pardon. Je suis fatigué et sans doute un peu flou dans mes formulations. Anita Kaspersson a réussi à rejoindre Seglora à 3 h 10. Elle a réveillé et affolé une famille avec des petits enfants en cognant contre leur porte. Elle était pieds nus, en hypothermie avancée et elle avait les mains attachées dans le dos. Elle se trouve actuellement à l’hôpital de Borås où son mari l’a rejointe.

— Eh ben, ça alors. Je crois que personne ici n’imaginait qu’elle serait encore en vie.

— Parfois on a des surprises.

— Et des bonnes, qui plus est.

— Alors c’est le moment de te livrer les mauvaises nouvelles. L’adjointe au préfet de police, Mme Spångberg, est ici depuis 5 heures. Elle te prie de te réveiller dare-dare pour aller à Borås prendre la déposition de Kaspersson.

 

 

COMME ON ÉTAIT SAMEDI MATIN, Mikael supposa que la rédaction de Millenium serait vide. Il appela Christer Malm alors que le X2000 franchissait le pont d’Årsta et lui demanda ce qui se cachait derrière son SMS.

— Tu as pris ton petit-déjeuner ? demanda Christer Malm.

— Dans le train.

— OK. Viens chez moi, je te donnerai quelque chose de plus consistant.

— Il s’agit de quoi ?

— Je te raconterai quand tu seras ici.

Mikael prit le métro jusqu’à Medborgarplatsen et rejoignit ensuite Allhelgonagatan à pied. Le compagnon de Christer, Arnold Magnusson, ouvrit la porte. Mikael avait beau essayer, il n’arrivait jamais à se défaire du sentiment de regarder une pub quand il le voyait. Arnold Magnusson était passé par le théâtre Dramaten, et il était un des comédiens les plus demandés en Suède. C’était toujours aussi dérangeant de le rencontrer en vrai. En général, Mikael n’était pas impressionné par les stars, mais Arnold Magnusson avait un physique vraiment particulier et il était tellement associé à certains rôles au cinéma et à la télé, surtout le rôle de Gunnar Frisk, commissaire coléreux dans une série télévisée immensément populaire, que Mikael s’attendait toujours à ce qu’il se comporte comme Gunnar Frisk justement.

— Salut Micke, dit Arnold.

— Salut, dit Mikael.

— Dans la cuisine, dit Arnold en le faisant entrer.

Christer Malm servit des gaufres chaudes avec de la confiture de mûres jaunes et du café. Mikael en avait l’eau à la bouche avant même d’avoir eu le temps de s’asseoir et il se jeta sur son assiette. Christer Malm le questionna sur ce qui s’était passé à Gosseberga, et Mikael récapitula les détails. Il en était à sa troisième gaufre quand il demanda ce qui se tramait.

— On a eu un petit problème à Millenium pendant que tu étais à Göteborg, dit-il.

Mikael haussa les sourcils.

— Quoi donc ?

— Rien de grave. Mais Erika Berger est devenue rédactrice en chef à Svenska Morgon-Posten. Hier était son dernier jour de travail à Millenium.

Mikael resta figé, une gaufre à la main à vingt centimètres de sa bouche. Il lui fallut plusieurs secondes avant que l’étendue du message fasse son chemin en lui.

— Pourquoi est-ce qu’elle ne l’a pas dit avant ? finit-il par demander.

— Parce qu’elle voulait te le dire à toi en premier, et ça fait plusieurs semaines maintenant que tu te balades dans la nature sans qu’on puisse te joindre. Elle estimait sans doute que tu avais suffisamment de problèmes avec l’histoire Salander. Et comme elle voulait te le dire à toi en premier, elle ne nous a donc rien dit à nous autres non plus et les jours sont venus s’additionner aux jours… Et voilà. Tout à coup elle s’est retrouvée avec une putain de mauvaise conscience et elle n’avait vraiment pas le moral. Et nous, on n’a strictement rien vu venir.

Mikael ferma les yeux.

— Merde, dit-il.

— Je sais. Pour finir, tu es le dernier de la rédaction à l’apprendre. Je tenais à te le dire pour pouvoir t’expliquer comment ça s’est passé et que tu n’ailles pas penser qu’on a voulu agir dans ton dos.

— Je ne pense pas ça une seconde. Mais alors, dis donc ! C’est chouette pour elle d’avoir eu ce boulot, du moins si elle tient à travailler pour SMP… mais nous, comment on va se sortir de ce bazar à la rédaction ?

— On nomme Malou rédactrice en chef temporaire à partir du prochain numéro.

— Malou ?

— Si tu n’as pas envie, toi, d’être rédacteur en chef…

— Oh que non !

— C’est bien ce que je pensais. Donc, Malou prendra le poste.

— Et qui sera secrétaire de rédaction ?

— Henry Cortez. Ça fait quatre ans qu’il travaille pour nous et il n’est plus exactement un stagiaire balbutiant.

Mikael considéra les propositions.

— Est-ce que j’ai mon mot à dire ? demanda-t-il.

— Non, dit Christer Malm.

— OK. On fait comme vous avez décidé. Malou n’a pas froid aux yeux mais elle n’est pas très sûre d’elle. Henry tire au hasard sur tout ce qui bouge un peu trop souvent. Il faudra qu’on les ait à l’œil.

— C’est ça.

Mikael se taisait. Il pensa au vide qu’allait laisser Erika et se dit qu’il ignorait tout de l’avenir du journal.

— Il faut que j’appelle Erika et…

— Non, ce n’est pas une bonne idée.

— Pourquoi pas ?

— Elle dort à la rédaction. Tu ferais mieux d’y aller la réveiller.

 

 

MIKAEL TROUVA ERIKA BERGER profondément endormie sur le canapé-lit de son bureau à la rédaction. Elle avait passé la nuit à vider les étagères et les tiroirs de ses affaires personnelles et à trier des papiers qu’elle voulait conserver. Elle avait rempli cinq cartons de déménagement. Mikael la contempla un long moment depuis la porte avant d’entrer et d’aller s’asseoir au bord du lit pour la réveiller.

— Tu peux m’expliquer pourquoi tu ne vas pas dormir chez moi, c’est juste à côté, si tu dois à tout prix passer la nuit au boulot, dit-il.

— Salut Mikael, dit-elle.

— Christer m’a expliqué.

Elle commença à dire quelque chose mais il se pencha en avant et lui fit une bise sur la joue.

— Tu es fâché ?

— Prodigieusement, dit-il sèchement.

— Je suis désolée. Je ne pouvais tout simplement pas dire non à cette offre. Mais ça ne me paraît pas juste, j’ai l’impression de vous laisser dans un merdier pas possible, ici à Millenium.

— Je ne pense pas être la bonne personne pour te critiquer d’abandonner le navire. Il y a deux ans, je suis parti en te laissant dans une merde autrement plus corsée que celle d’aujourd’hui.

— Ce sont deux situations complètement différentes. Toi, tu as fait une pause. Moi, je démissionne pour de bon et je vous l’ai caché. Je suis plus que désolée.

Mikael garda le silence un moment. Puis il afficha un pâle sourire.

— Quand c’est l’heure, c’est l’heure. Quand une femme a une mission, il faut qu’elle la remplisse, et à vos ordres, mon colonel !

Erika sourit. A un mot près, elle lui avait dit ça quand il était allé vivre à Hedeby. Il tendit la main et lui ébouriffa amicalement les cheveux.

— Que tu veuilles arrêter de travailler dans cette maison de cinglés, je le comprends, mais que tu veuilles devenir chef au journal de vieux schnocks le plus ringard de Suède, il me faudra quelque temps pour le digérer.

— Il y a pas mal de nanas qui y travaillent.

— Conneries. Regarde l’éditorial. Ça date, tout ça, ça date. Tu es complètement maso, ou quoi ? On va prendre un café ?

Erika s’assit.

— Tu dois me dire ce qui s’est passé à Göteborg cette nuit.

— Je suis en train d’écrire l’histoire, dit Mikael. Et ça va déclencher la guerre, une fois qu’on aura publié.

— Quand vous aurez publié. Pas nous.

— Je sais. On va la publier au moment du procès. Mais je suppose que tu n’emporteras pas le sujet à SMP. Le fait est que je voudrais que tu écrives un truc sur l’histoire Zalachenko avant d’arrêter à Millenium.

— Micke, je…

— Ton dernier éditorial. Tu peux l’écrire quand tu veux. Il ne sera probablement pas publié avant le procès, et Dieu sait quand ça sera.

— Ce n’est peut-être pas une très bonne idée. Il devrait traiter de quoi ?

— De morale, dit Mikael Blomkvist. Et du fait que l’un de nos collaborateurs a été tué parce que l’Etat n’a pas fait son boulot il y a quinze ans.

Il n’avait pas besoin d’expliquer davantage. Erika Berger savait exactement quel éditorial il voulait. Elle réfléchit un court instant. Après tout, elle s’était trouvée aux commandes le jour où Dag Svensson avait été tué. Brusquement, elle se sentit beaucoup mieux.

— D’accord, dit-elle. Le dernier éditorial.

 

La reine du palais des courants d'air
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